Marguerite
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Etat civil
Fille puînée de Jehan de Volpilhat, Comte d’Urgel, Baron de Malpertuis, ancien Pair de France, et de feue Elissa Geneviève Marianne Corteis, Baronne de Bram, Dame d'Hermeline.
Née à Bélinay, en Auvergne, au castel familial.
Biographie
Petite enfance
Marguerite vit paisiblement jusqu'à l'âge de huit ans, à Carcassonne en l'Hostel des Malpertuis, rue de Cers, avec sa mère, sa soeur aînée Alionor, et son frère Reginhart. Elle ne voit que peu son père, souvent en déplacement à Paris où il est Roy d'Armes et Pair de France, puis ensuite exilé volontaire en Aragon où il fait valoir ses prétentions à la couronne.
L'année de ses huit ans est ponctuée de trois grands malheurs : son frère est envoyé à Malpertuis, baronnie bourguignonne où il poursuivra son éducation, sa sœur meurt du tétanos et sa mère, enceinte, choisit de se reclure en l'Abbaye Saint-Félix de Montceau, non loin de Béziers, pour se préserver de la concupiscence des hommes, en l'absence de son époux.
Marguerite, désormais responsable pour les terres de Bram, baronnie maternelle, est confiée aux bons soins d'Eléïm, un proche de sa mère, promu précepteur.
Le décès de sa mère
On retrouva un jour le corps d'Elissa sur la plage de Sérignan, non loin de Béziers, presque au moment où les In Tenebris dévastaient la ville. La dépouille avait été récupérée en mer par un pêcheur, et il n'y avait aucun doute sur les causes de la mort de la Comtesse : elle était décédée noyée. Quant à savoir comment cela arriva, Marguerite l'ignore encore aujourd'hui, et cette absence d'explication a exacerbé sa peine. L'enterrement eut lieu dans la Cathédrale de Narbonne, célébré par Son Eminence Lorgol. A cette occasion, Reginhart revint de Bourgogne et Jehan d'Aragon. La pierre venait à peine de se refermer dans la Crypte des Illustres sur le tombeau d'Elissa que les In Tenebris embrasèrent la Cathédrale : il fallut fuir.
Jehan repartit avec la jeune Catalina, née à l'Abbaye Saint-Félix de Montceau, et fâché de ce que Marguerite refusât de le suivre de l'autre côté des Pyrénées. Elle s'opposait à ce voyage, qui aurait impliqué un éloignement durable et peut-être éternel des terres de sa mère.
Pieuse aristotélicienne, comme on le lui enseigne, elle reste à la mort de sa mère seule en Languedoc. Mais des projets emplissent sa jeune tête... Des besoins d'échapper un peu à ce pays qui signifie tant pour elle, la vie comme la mort.
Elle prépare avec soin un voyage en Champagne, où elle rend visite au Vicomte SanAntonio d'Appérault, qui l'avait soutenue dans son deuil. Celui-là l'emmène alors à Paris où il est pressé de se rendre pour la naissance du Dauphin de France. C'est à Paris, dans les jardins du Louvre, que Marguerite rencontre pour la première fois un enfant d'à peu près son âge et noble... Louis Raphaël d'Appérault, fils du Vicomte mais résident dans un autre domaine, était lui aussi dans les jardins. Leur rencontre fut brève, et Marguerite en garda surtout l'impression que le jeune seigneur était fort mal à l'aise dans le monde.
La Champagne toutefois rappela vite à Marguerite ses premières et sans doute seules sincères amours : le pays d'Oc. Le mal du pays se faisant croissant, elle écourta son voyage et revint en Languedoc, où à sa grande déception elle trouve la Cathédrale de Narbonne dans un état semblable à celui qu'elle avait au moment de son départ.
L'implication religieuse
Voici son nouveau cheval de bataille... Elle réussit, à force de persévérance, à faire venir la guilde des charpentiers, qui restaura en quelques semaines la charpente - le plus gros du travail.
Poussée par sa foi, et bien que n'ayant pu recevoir le baptême, par manque d'officiants en Languedoc, elle intégra la Congrégation du Saint Office Aristotélicien.
Elle se retira beaucoup en sa baronnie, pour étudier le Livre des Vertus, et bien d'autres Ecritures Saintes. Ces études la menèrent au baptême, le 25 mars de l'an de Pasques 1454, alors qu'elle allait avoir 13 ans. Le Cardinal Jeandalf la baptisa à Bram, et son parrain fut le Vicomte de Melun et de Meaux, SanAntonio d'Appérault.
Cela lui permet d'être ordonnée diaconesse de Carcassonne par Son Eminence Lorgol, Archevêque de Narbonne, charge qu'elle conserva jusqu'à son mariage.
L'implication politique
Rien ne saurait mieux résumer son engagement que la récompense à laquelle il donna lieu :
« Nous, LeGueux, X° Comte du Languedoc de par la volonté des urnes et d’Aristote, à tous ceux qui cette présente lettre liront, présent et advenir,
salut.
Au vu de ses mérites, Nous estimons qu’il est de notre devoir d’expédier la présente afin de donner des marques publiques de la reconnaissance qu’il nous est donné de ressentir pour la dicte "Marguerite Corteis de Volpilhat".
Ainsi nous vous exposons les fait qui amène cette reconnaissance :
Au niveau municipal, elle fut avant d’entrer au conseil comtal, responsable de l’échevinat aux vagabonds, ayant en charge l’intégration des nouveaux arrivants à Carcassonne jusqu’en mars 1455 poste qu’elle abandonne lorsqu’elle prend une charge de conseiller comtal.
En outre elle fut l’une des trois organisatrices du Troisième Carnaval de Carcassonne en mars 1455, événement dont la portée a dépassé les frontières du comté.
Elle entre au conseil comtal sous le mandat de Guilhem TT de Tréviers. Elle est aussitôt nommée Juge, fonction qu’elle exercera d’une manière très sérieuse durant ce mandat, puis le notre, où elle est reconduite à cette tache. d'avril à juin 1455, amenant les premières peines d’exposition publique (pilori, marquage au fer) prononcées en Languedoc, ainsi qu’une base permettant la réalisation de procès publics dont les premiers tests de rodage sont actuellement en cours.
Nous n’avons hélas pas le nombre exact de verdicts rendus, mais vous imaginez bien le nombre qu’il peut y avoir dans un comté de neuf villes. Ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’aucun procès n’a souffert de retard excessif de son fait, malgré qu’elle ait eu des cas difficiles et délicats à juger, et du cumul des charges.
Sous notre législature, du 25 avril au 25 juin 1455 , nous la nommons Chambellan en sus.
De sa charge de Chambellan, il ressort, en plus des nominations, révocations, de l’accueil des diplomates, gérer le personnel, proposer une bonne quinzaine de traités à ratifier, elle a organisé et supervisé le déménagement de la Chancellerie, agencé elle-même l’organisation des nouveaux locaux, déménagé elle-même certaines ambassades non affectées, déménagement effectué en un temps restreint n’excédant pas une semaine entre la prise de décision du conseil et l’entrée des ambassadeurs au nouveau domaine. Elle a enfin remis sur pied le projet de réunion au sommet à Sauveterre entre provinces voisines et s’efforce de lui donner consistance.
En outre, ayant réanimé les relations avec les deux archevêchés couvrant la province, et donc la nécessité d’un conseiller aux cultes se faisant ressentir, elle s’est tout naturellement portée volontaire pour ce poste supplémentaire.
La charge de conseillère aux cultes, nouvelle en notre province, lui a fait organiser une enquête comtale afin de sonder les tendances religieuses de la province, en prévision de révision / rédaction de concordat avec les provinces ecclésiastiques de Bourges et de Narbonne.
Toujours à ce titre, elle participe activement aux négociations du concordat entre le Languedoc et l’évêché du Puy (province de Bourges), concordat en cours de validation actuellement ; est présente aux discussions au sujet de l’organisation du pèlerinage au Puy ; et siège au conseil de la foy de Narbonne où elle participent aux discussions concernant la révision du concordat Narbonnais.
Enfin, son implication en tant que conseillère comtale dépasse largement le cadre de ses déjà nombreuses attributions. Elle participe activement à tous les débats, amenant propositions et idées.
En outre elle participe à l’élaboration, la mise au point, la supervision et le déroulement des animations comtales (concours de la Reyne du Mai, Encierro de Béziers entre autres - mai et juin 1455 – les autres n’ayant pas encore vu le jour).
Enfin, le coutumier du Languedoc est en refonte complète, ce projet, assez colossal à vrai dire, engagé depuis début mai 1455, n’est pas tout à fait abouti, et devrait être voté d’ici quelques jours. Elle a proposé une bonne partie des modifications apportés, chose difficilement chiffrable, mais sa contribution est une des plus importantes, si ce n’est la majeure.
A ces implications au sein du conseil, s’ajoutent des œuvres qui dénotent son abnégation, sa noblesse et son amour de la province, en voici quelques exemples :
-Dès la destruction partielle de la Cathédrale de Narbonne, en novembre 1454, elle a, de son propre chef, supervisé le nettoyage des structures restantes. Elle a pris contact avec la guilde des charpentiers pour organiser la pose d’une nouvelle charpente, travaux qu’elle a surveillés activement durant les nombreuses semaines qu’ils ont duré. Ses demandes répétées pour que le Conseil comtal étudie la situation de la Cathédrale a mené à la création du poste de Grand Architecte du conseil.
-Sous le mandat de Guilhem TT de Tréviers, elle a effectué de réguliers voyages jusqu’à Urgel à la tête de convois de marchandises, mandatée par la dame Vanyel, CaC, auprès de l’Aragon.
–Elle a assuré, en plus de ses responsabilités comtales, son rôle de diaconesse officiant à la place du prêtre – Carcassonne n’avait pour ainsi dire plus de prêtre depuis des mois.
Ainsi, face à de tels faits, ne pouvant que ressentir reconnaissance, il nous tient à cœur que de lui démonter ce sentiment.
A cette fin, nous usons de notre grâce spéciale, pleine puissance, et autorité Comtale. Nous avons par ces présentes signées de notre main, érigé la baronnie de "Cauvisson", parfois dict "Calvisson" d’ores et déjà entre les mains de la susdite "Marguerite", en "Vicomté". La susdite personne prêtera serment d’allégeance envers notre personne pour le susdit fief.
Par voie de conséquence ladite personne prend le titre et le nom de "Vicomtesse de Cauvisson".
Voulons, ordonnons et Nous plait que ci-après, tant en jugement qu’autrement, et en tous actes particuliers et publics, la susdite personne soit tenue, censée et réputée, tout comme nous le faisons, possédant le susdit fief pour en jouir faire et disposer comme bon lui semblera, ainsi que des titres, honneurs, autorités, prérogatives, et préséances qu’il confère.
Qu’à ces fins ladite personne puisse et soit loisible de les tenir et posséder en notre Comté et dans tout le Royaume de France, car tel est notre bon plaisir.
Faict en l'enceinte du chateau de Montpellier, le 25éme de juin de l'an de Pasques MCDLV.
LeGueux, Comte du Languedoc. »
Le blanc de la mort
Si Marguerite est rousse aux yeux d'émeraude, et porterait volontiers du vert, depuis la mort de sa mère c'est presque toujours de blanc qu'elle s'est vêtue : le blanc, couleur du deuil de la haute noblesse, et notamment des reynes. Après les deuils de sa sœur aînée et de sa mère, elle porte celui d'Apolon de Liercourt, qui lui était un ami cher, tombé au champ d'honneur en Anjou, puis les deuils des sept Ysengrin-Malpertuis, cousins de la branche bâtarde de Volpilhat et par alliance, disparus dans l'incendie de l'Hostel Louvière à Limoges. Des décès, qu'elle attribue volontiers aux éléments : sa mère par l'eau, son ami par le fer, ses cousins par le feu... Quant à l'air, ce sera la mort d'Ayla d'Appérault, sa belle-mère, en sa présence, qui le lui procurera : cette brave femme était morte à bout de souffle, après le long pèlerinage de Compostelle.
L'amour et la Vaunage
Un jour arriva à l'Hostel des Malpertuis, rue de Cers à Carcassonne, un jeune écuyer que naturellement Marguerite n'avait jamais rencontré. Il se présenta comme le fils du Comte d'Aubagne et écuyer du Chevalier d'Inzinzac Lochrist, Wanou35. Son nom : Valandil. Il avait une missive pour elle...
(section à compléter)
La raison et le mariage
Marguerite, malgré les manifestations de liberté qu'on a pu lui connaître, demeurait une fille de haute noblesse, très aristotélicienne, et par conséquent totalement dévouée à ses parents, quels que fussent les choix qu'ils formulassent pour elle. Ainsi, au terme d'âpres palabres, son père avait accepté de la marier à Louis Raphaël d'Appérault, frère de la Reyne de France Catherine-Victoire. Ce n'était pas l'homme qu'elle aimait, et c'était un Français, comme son père les détestait, et elle par hérédité, ce qui ajouta à son éternel chagrin - chagrin de porter, sans cesse, un nouveau deuil. Mais elle se plia à cette décision et reçut la visite de l'oncle de son promis, Ricoh d'Appérault, qui l'escorta jusqu'à Urgel, où le contrat de mariage devait être signé.
(section à compléter)
L'exil champenois
(section à venir)
Le rouge et la folie
(section à venir)
Comprendre le personnage
Considérations générales
(extraits de la fiche de Marguerite IG)
Le personnage de Marguerite a été créé dans un but purement expérimental. Il ne s'agit pas avec lui de m'accomplir, moi joueuse, dans un autre univers, de m'amuser avec un pantin. Il s'agit d'un travail de construction méthodique d'un destin, avec des règles strictes, une ligne de conduite auquel le personnage se tient, un fil rouge, et un destin général, dont l'aboutissement sera soumis à divers lancers de dés visibles en public sur un forum annexe. Le personnage se veut réaliste, inscrit dans l'époque du jeu, dans ses actes, mais par certaines de ses quêtes intérieures, par sa psychologie, très proche de certaines préoccupations de notre siècle.
Approfondissements et inspirations
Comme le disait Nerval à Alexandre Dumas :
« A ces mots, j’ai voulu sauter sur mon épée, mais La Rancune l’avait enlevée prétextant qu’il fallait m’empêcher de m’en percer le cœur sous les yeux de l’ingrate qui m’avait trahi ! Cette dernière supposition était inutile, ô La Rancune ! on ne se perce pas le cœur avec une épée de comédie, on n’imite pas le cuisinier Vatel, on n’essaie pas de parodier les héros de roman, quand on est un héros de tragédie : et je prends tous nos camarades à témoin qu’un tel trépas est impossible à mettre en scène un peu noblement. » (Gérard de Nerval, Les Filles du Feu, A Alexandre Dumas, 1854)
La vie de Marguerite sera, si je le peux, un destin de tragédie méticuleusement orchestré, par opposition aux morts risibles par leur médiocrité et leur aspect caricatural que l'on peut voir dans bon nombre de cas. J'ai conscience de la difficulté d'une telle entreprise. C'est en cela que ce personnage est un défi.
A ce sujet, je tâche de m'inspirer pour la création du personnage névrosé qu'est Marguerite de certains passages d'un célèbre ouvrage de sociologie que je vous fais partager (et que je recopie sans crainte, les droits étant tombés dans le domaine public) :
« Les neurasthéniques sont, par leur tempérament, comme prédestinés à la souffrance. On sait, en effet, que la douleur, en général, résulte d'un ébranlement trop fort du système nerveux; une onde nerveuse trop intense est le plus souvent douloureuse. Mais cette intensité maxima au delà de laquelle commence la douleur varie suivant les individus; elle est plus élevée chez ceux dont les nerfs sont plus résistants, moindre chez les autres. Par conséquent, chez ces derniers, la zone de la douleur commence plus tôt. [...] Il est vrai que, en revanche, la zone des plaisirs commence, elle aussi, plus bas ; car cette pénétrabilité excessive d'un système nerveux affaibli le rend accessible à des excitations qui ne parviendraient pas à ébranler un organisme normal. C'est ainsi que des événements insignifiants peuvent être pour un pareil sujet l'occasion de plaisirs démesurés. Il semble donc qu'il doive regagner d'un côté ce qu'il perd de l'autre et que, grâce à cette compensation, il ne soit pas plus armé que d'autres pour soutenir la lutte. Il n'en est rien cependant et son infériorité est réelle ; car les impressions courantes, les sensations dont les conditions de l'existence moyenne amènent le plus fréquemment le retour sont toujours d'une certaine force. Pour lui, par conséquent, la vie risque de n'être pas assez tempérée. Sans doute, quand il peut s'en retirer, se créer un milieu spécial où le bruit du dehors ne lui arrive qu'assourdi, il parvient à vivre sans trop souffrir ; c'est pourquoi nous le voyons quelquefois fuir le monde qui lui fait mal et rechercher la solitude. Mais s'il est obligé de descendre dans la mêlée, s'il ne peut pas abriter soigneusement contre les chocs extérieurs sa délicatesse maladive, il a bien des chances d'éprouver plus de douleurs que de plaisirs. [...]
Cette raison n'est même pas la seule qui rende l'existence difficile au névropathe. Par suite de cette extrême sensibilité de son système nerveux, ses idées et ses sentiments sont toujours en équilibre instable. Parce que les impressions les plus légères ont chez lui un retentissement anormal, son organisation mentale est, à chaque instant, bouleversée de fond en comble et, sous le coup de ces secousses ininterrompues, elle ne peut pas se fixer sous une forme déterminée. Elle est toujours en voie de devenir. Pour qu'elle pût se consolider, il faudrait que les expériences passées eussent des effets durables, alors qu'ils sont sans cesse détruits et emportés par les brusques révolutions qui surviennent. Or la vie, dans un milieu fixe et constant, n'est possible que si les fonctions du vivant ont un égal degré de constance et de fixité. Car vivre, c'est répondre aux excitations extérieures d'une manière appropriée et cette correspondance harmonique ne peut s'établir qu'à l'aide du temps et de l'habitude. Elle est un produit de tâtonnements, répétés parfois pendant des générations, dont les résultats sont en partie devenus héréditaires et qui ne peuvent être recommencés à nouveaux frais toutes les fois qu'il faut agir. Si, au contraire, tout est à refaire, pour ainsi dire, au moment de l'action, il est impossible qu'elle soit tout ce qu'elle doit être. Cette stabilité ne nous est pas seulement nécessaire dans nos rapports avec le milieu physique, mais encore avec le milieu social. Dans une société, dont l'organisation est définie, l'individu ne peut se maintenir qu'à condition d'avoir une constitution mentale et morale également définie. Or, c'est ce qui manque au névropathe. L'état d'ébranlement où il se trouve fait que les circonstances le prennent sans cesse à l'improviste. [...]
Sans doute, le neurasthénique est presque inévitablement voué à la souffrance s'il est mêlé de trop près à la vie active ; mais il ne lui est pas impossible de s'en retirer pour mener une existence plus spécialement contemplative. Or, si les conflits d'intérêts et de passions sont trop tumultueux et trop violents pour un organisme aussi délicat, en revanche, il est fait pour goûter dans leur plénitude les joies plus douces de la pensée. Sa débilité musculaire, sa sensibilité excessive, qui le rendent impropre à l'action, le désignent, au contraire, pour les fonctions intellectuelles qui, elles aussi, réclament des organes appropriés. De même, si un milieu social trop immuable ne peut que froisser ses instincts naturels, dans la mesure où la société elle-même est mobile et ne peut se maintenir qu'à condition de progresser, il a un rôle utile à jouer; car il est, par excellence, l'instrument du progrès. [...] Ce ne sont donc pas des êtres essentiellement insociaux, qui s'éliminent d'eux-mêmes parce qu'ils ne sont pas nés pour vivre dans le milieu où ils sont placés. Mais il faut que d'autres causes viennent se surajouter à l'état organique qui leur est propre pour lui imprimer cette tournure et le développer dans ce sens. Par elle-même, la neurasthénie est une prédisposition très générale qui n'entraîne nécessairement à aucun acte déterminé, mais peut, suivant les circonstances, prendre les formes les plus variées. C'est un terrain sur lequel des tendances très différentes peuvent prendre naissance selon la manière dont il est fécondé par les causes sociales. » (Durkheim, Le Suicide, 1897, Livre I, IV)
